Saints et Pères de l'Eglise

28 JANVIER


Saint Thomas d'Aquin Frère prêcheur,

docteur de l'Église (+ 1274)

Nous fêtons un grand saint qui a profondément marqué l’Église et même l’histoire de l’humanité en général : saint Thomas d’Aquin, grand philosophe et docteur de l’Église. On l’appelle le « docteur angélique » tant ses enseignements étaient lumineux et sa pureté angélique. 

Origines

 

Tomaso d’Aquino, Thomas d’Aquin, est né en 1224-25 (on n’est pas totalement sûr de la date), environ 4 ans après la mort de saint Dominique. Il naît dans le château de Roccasecca près d’Aquino, une bourgade proche du Mont Cassin où saint Benoît est mort en 547. C’est là que son père l’envoie étudier entre 1230 et 1239. Il espère que Thomas se fasse bénédictin et même qu’il devienne l’abbé du grand monastère du Mont Cassin.
À l’époque, Frédéric II, empereur du saint empire germanique, combat le pape Grégoire IX. Pour échapper à ses combats, le père de Thomas l’envoie à Naples pour continuer ses études. C’est là que Thomas rencontre les frères dominicains qui viennent de fonder un couvent dans la ville.
 

Les Dominicains et l'emprisonnement familial

 

Quand Thomas rencontre les Dominicains à son arrivée à Naples en 1239, l’Ordre des frères prêcheurs est une jeune communauté qui existe depuis à peine 24 ans. Thomas est immédiatement attiré par la radicalité de vie de la communauté, mais aussi par son dynamisme apostolique. En effet, comme les Franciscains, les Dominicains parcourent les rues et annoncent le Christ partout où ils le peuvent. Après la mort de son père en 1243, Thomas décide donc de devenir dominicain. Il prend l’habit en avril 1244 à l’âge de 19 ans.

 

Mais sa famille ne l’entend pas de cette oreille. Sa mère, Theodora de Teano, le fait enlever avec l’aide de l’empereur Frédéric II – excusez du peu ! – et Thomas se retrouve prisonnier dans le château de Roccasecca pendant 18 mois. C’est pendant cette détention familiale qu’a lieu un épisode miraculeux que Thomas a gardé secret toute sa vie et qu’il n’a confessé qu’à la fin de sa vie. Nous le connaissons par les premiers chroniqueurs de l’Ordre.

 

Alors que Thomas est emprisonné dans le château familial, ses frères essaient de mettre sa résolution d’entrer chez les Dominicains à l’épreuve. Pour cela, ils introduisent dans sa chambre une prostituée. La réaction de Thomas est immédiate. Il s’empare d’un tison brûlant et chasse la courtisane. Avec ce tison, il trace une croix sur le mur et se met en prière, demandant la grâce de garder sa chasteté toute sa vie. Sa prière est exaucée et, en réponse, Dieu envoie deux anges qui ceignent Thomas avec une ceinture de chasteté qu’il portera toute sa vie et qui consiste en une fine cordelette de lin d’1,5m. 

 

Libération et début de cheminement

 

Finalement, la famille accepte la vocation de Thomas. Il peut partir à l’université de Paris de 1245 à 1248. Il y rencontre saint Albert le Grand dont je vous ai déjà parlé. Albert le Grand devient son maître. C’est lui qui l’introduit à la philosophie d’Aristote. Thomas le suit à Cologne jusqu’en 1252. Là, ses confrères étudiants le surnomment « le bœuf muet » à cause de sa stature hors du commun : Thomas est très grand et fort, d’apparence harmonieuse.
Thomas est un homme doux. Il contrôle ses paroles pour ne froisser personne. C’est aussi un vrai surdoué. Il avoue plus tard qu’il n’a jamais rien lu sans le comprendre du premier coup. Il a une mémoire extraordinaire. C’est un bourreau du travail. Il se lève très tôt tous les jours, bien avant l’heure réglementaire pour le premier office. 

 

Il ne faut pas croire que cela lui monte à la tête. Thomas reste très humble et il sera toute sa vie, y compris quand sa réputation de philosophe et de théologien sera à son apogée. 

 

Thomas revient à Paris en 1252 et en 1256, il obtient sa maîtrise en théologie en même temps que saint Bonaventure, franciscain et docteur de l’Église comme Thomas. Entre temps, il a déjà écrit plusieurs ouvrages, principalement de dispute théologique. Je vous fais grâce de la liste de tous les écrits de Thomas d’Aquin. Il a été un écrivain extrêmement prolifique. Son œuvre majeure est la Somme théologique. On raconte qu’il était capable de dicter simultanément des textes à 4 secrétaires différents sans perdre jamais le cours de sa pensée pour aucun d’eux !


Thomas d’Aquin a une grande dévotion pour l’eucharistie. On raconte, par exemple, qu’il lui arrivait de mettre sa tête contre le tabernacle pour demander à Jésus de l’éclairer sur le sujet qu’il était en train de traiter. Cela me touche beaucoup, personnellement, de voir un grand savant si humble qu’il se met à l’écoute au plus près de son Seigneur pour l’écouter et le servir. Cela me permet de dire une chose importante :

Thomas d’Aquin n’a pas été canonisé parce que c’était un grand théologien ou un grand philosophe. Il l’a été parce que c’était vraiment un saint, humble et doux, homme de prière, ami de l’eucharistie, ayant une grande dévotion pour le Christ crucifié et qui a gardé une simplicité enfantine toute sa vie.


Thomas avait gardé en effet une grande simplicité et une confiance dans les autres. On raconte qu’un jour, un de ses frères dominicains lui a fait une blague. Il s’est écrié : « Oh, une vache volante ! » Frère Thomas est venu à la fenêtre. Le frère s’est moqué de lui et s’est attiré cette répartie : « Je préfère croire qu’une vache puisse voler plutôt que d’imaginer qu’un frère puisse me mentir ! »

 

Revenons au cours de la vie de Thomas.
En 1268, Thomas est envoyé à l’université de Paris comme professeur. Il y continue la rédaction de son œuvre maîtresse, la Somme théologique, commencée en Italie en 1266.

 

À Pâques 1272, les supérieurs de Thomas le rappelle en Italie pour diriger le studium général de leur couvent de Naples qui forme les Dominicains de la province de Rome. L’université de Paris essaie de le retenir en vain. À Naples, Thomas continue la rédaction de sa Somme théologique, mais il ne la finira pas (à suivre)


Révélation et fin de vie

 

Le 6 décembre 1273, un événement bouleverse la vie de Thomas. Il fait une expérience spirituelle très forte pendant une eucharistie dans laquelle il reçoit une compréhension nouvelle du mystère de Dieu. À partir de cette expérience mystique, il n’écrit plus. Il explique à ses frères :

Tout ce que j’ai écrit, c’est de la paille ! 

Thomas qui a étudié et scruté les Écritures, qui a, toute sa vie, essayé de s’approcher du mystère de Dieu et essayé aussi d’aider les autres à s’en approcher, réalise tout d’un coup l’immense distance qu’il y a entre son travail intellectuel pourtant exceptionnel et la réalité de Dieu quand il se laisse découvrir.


Sa santé décline rapidement. Invité par le pape Grégoire X au concile de Lyon, il se met en route. Il meurt à mi-chemin entre Naples et Rome, dans l’abbaye cistercienne de Fossanova le 7 mars 1274. Il a 49 ans.

Thomas d’Aquin est canonisé en 1323 par le pape Jean XXII. Il est déclaré docteur de l’Église en 1567 par le pape Pie V.

 

La pensée de Thomas d'Aquin

 

Ce qui est sûr, c’est que la pensée de Thomas d’Aquin a marqué l’humanité en général et l’Église. À la suite de son maître saint Albert le Grand, Thomas a affirmé l’importance de l’intelligence pour explorer le contenu de notre foi. Il affirme avec force que foi et raison ne peuvent se contredire parce qu’elles viennent toutes les deux de Dieu. Donc, de la même manière, la philosophie et la théologie ne peuvent non plus se contredire.

Thomas d'Aquin considère que « la philosophie est la servante de la théologie » et il utilisera la philosophie d’Aristote pour mieux faire de la théologie. À l’époque, certains considéraient cela comme une erreur : comment utiliser le travail d’un païen comme Aristote pour s’approcher de Dieu ? Mais Thomas est convaincu que la vérité est une car la lumière de la raison et celle de la foi viennent toutes deux de Dieu. La philosophie est le fruit du travail de la raison. En affinant le langage et les concepts, elle donne des outils qui permettent à la théologie de rendre compte des vérités révélées qui sont inaccessibles pour la raison, mais qui ne sont pas pour autant en contradiction avec la raison. 

 

Je voudrais pour terminer souligner un point que la vie de Thomas d’Aquin illustre à merveille : l’importance de la prière.
Thomas a été un travailleur acharné. C’est vrai. Il a été un intellectuel hors du commun. C’est vrai. Mais c’était avant tout un homme de prière. Il passait de longues heures la nuit dans la contemplation. Il a avoué à son secrétaire Réginald qu’il avait plus appris dans la prière aux pieds du crucifix que dans les livres. Dieu a favorisé Thomas de différentes grâces mystiques, des extases et même des lévitations.
Thomas d’Aquin est un grand théologien qui a fait sa théologie à genoux.

 

Son exemple nous indique que nous pouvons nous aussi apprendre à connaître Dieu dans la prière. Évidemment, nous n’écrirons pas pour autant des traités de théologie. Mais la prière, l’oraison comme dirait Thérèse d’Avila, est le lieu où Dieu se révèle à nous.
L’exemple du docteur angélique doit nous pousser à avoir une vie de prière régulière sans laquelle notre vie chrétienne ne peut pas tenir.


Jean Luc Moens


 

Quelques citations :


(Somme théologique, IIa, IIae, qu. 188, art 6)


« En effet, il est plus beau d’éclairer que de briller seulement ; de même est-il plus beau de transmettre aux autres ce qu’on a contemplé que de contempler seulement. »

 

(Commentaire sur l'Évangile de saint Jean, Paris, Cerf, 2006, p. 266-267)


« Puisque cultiver, c'est dépenser son zèle pour quelque chose, nous cultivons quelque chose de deux manières : soit pour que soit amélioré ce que nous cultivons, et en ce sens nous cultivons un champ ou quelque chose de tel. Soit pour que nous soyons améliorés par cela, et de cette manière l'homme cultive la sagesse.
Dieu nous « cultive » donc pour que nous soyons améliorés par son travail, en tant qu'Il extirpe de nos cœurs les mauvaise semences . Il ouvre notre cœur par la charrue de sa parole ; Il plante les semences de ses commandements ; Il recueille un fruit de piété, comme le dit Augustin. Nous, nous Lui rendons un culte pour être améliorés par Lui, mais cela en adorant (adorando) et non en labourant (arando) — 

Si quelqu'un rend un culte à Dieu, celui-là l'exauce (Ps 49, 23). Le Père est donc le cultivateur de cette vigne en vue du bien d'un autre. C'est Lui, en effet, qui plante (Moi, je t'ai plantée comme une vigne de choix, comme une vraie semence.- Jr 2, 21). C'est Lui qui fait croître (Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé, mais c'est Dieu qui a donné la croissance - 1Co 3, 6), car Dieu seul, de l'intérieur, fait croître et fructifier ; et, dans la mesure où l'homme coopère de l'extérieur, Dieu lui-même garde et conserve, comme le dit saint Matthieu, qui cite Isaïe : Il a bâti une tour dans la vigne, et l'a entourée d'une clôture (Mt 21, 33 - cf Is 5, 2) 

 

Somme de Théologie, II-II, q.83, a.2, ad 1-3

 

Si nous adressons des prières à Dieu, ce n’est pas parce qu’il faudrait lui faire connaître nos besoins ou nos désirs ; c’est pour que nous envisagions nous-mêmes qu’en pareil cas on doit recourir au secours de Dieu.

Notre prière, on vient de le dire, n’a pas pour but de changer le plan de Dieu, mais d’obtenir par nos prières ce qu’il a décidé de nous donner.

Dieu, dans sa libéralité, nous accorde bien des choses sans même que nous les lui demandions. Mais s’il exige en certains cas notre prière, c’est que cela nous est utile. Cela nous vaut l’assurance de pouvoir recourir à lui, et nous fait reconnaître en lui l’auteur de nos biens. D’où ces paroles de Chrysostome : Considère quel bonheur t’est accordé, quelle gloire est ton partage : voilà que tu peux converser avec Dieu par tes prières, dialoguer avec le Christ, souhaiter ce que tu veux, demander ce que tu désires