Evangile du dimanche

Méditer sept jours avec l’évangile du dimanche:

évangile de la solennité

du saint sacrement du corps et du sang du Christ.

Année B

(Mc 14,12-16.22-26)



Méditation du dimanche:

Présentation du texte de l’évangile



En cette solennité du saint-sacrement, la liturgie nous propose pour l’année B deux extraits du chapitre 14 de l’évangile selon saint Marc: d’une part le passage consacré à la préparation du repas de la Pâque; d’autre part le récit de l’institution de l’eucharistie dans la version que nous en donne saint Marc. Dans l’évangile selon saint marc, ces deux textes sont séparés par le passage où Jésus annonce à ces disciples que l’un d’entre eux va le livrer (Mc 14,17-21):

Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara: «Amen je vous le dis: l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer.» Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient: «serait-ce moi?» Il leur dit; «c’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet; mais malheureux, celui par qui le Fils de l’homme est livré! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là!»

Le choix de ne pas retenir pour la lecture liturgique de la solennité de l’évangile de saint Marc n’est pas sans conséquence. Est évacué le problème de la “communion” de Judas. Comment se fait-il que Judas, alors même qu’il a reçu tout comme les autres apôtres le corps et le sang de Jésus a trahi? Sait Marc n’apporte pas de réponse à cette question. L’ordre du récit de saint Marc – qui est le même que celui de saint Matthieu – a quelque chose de troublant: Jésus présente son corps et son sang à ses disciples après leur avoir annoncé que l’un des deux allait les trahir. C’est peut-être pour cela que saint Luc a changé l’ordre du récit en déplaçant l’annonce de la trahison de Judas après le récit de l’institution de l’eucharistie. L’annonce de la trahison juste avant le récit de l’institution de l’eucharistie nous met en quelque sorte en garde contre une conception “magique» de l’eucharistie. Il ne suffit pas de recevoir le corps et le sang du Christ pour être sauvé. Judas, le traître, était présent lors de l’institution de l’eucharistie; il n’en a pas moins consommé sa trahison.

Dans le découpage liturgique, le texte présente deux parties:

  1. la première partie du texte concernant les préparatifs du repas se présente comme une dialogue entre Jésus et ses disciples
  2. Le, récit de l’institution de l’Eucharistie


Méditation du lundi:

«Le premier jour de la fête des pains sans levain où l’on immolait l’agneau pascal.»



La question des disciples est introduite par une phrase qui précise les circonstances du dialogue: «le premier jour de la fête des pains sans levain où l’on immolait l’agneau pascal». Cette formule de saint marc renvoie à deux passages distincts du chapitre 12 du livre de l’Exode.

En Ex 12,3-6 est prescrit le sacrifice pour la Pâque:

Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël: le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil.

En Ex 12,15-18, il est prescrit de manger des pains sans levain:

Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain. Dès le premier jour, vous ferez disparaître le levain de vos maisons. Et celui qui mangera le pain levé, entre le premier et le septième, celui-là sera retranché du peuple d’Israël.

Le premier jour vous tiendrez une assemblée sainte: vous ferez de même le septième jour. Ces jours-là on ne fera aucun travail, sauf pour préparer le repas de chacun, on ne fera rien d’autre vous observerez la fête des Pains sans levain car ce jour même, j’ai fait sortir vos armées du pays d’Égypte. D’âge en âge, vous observerez ce jour, c’est un décret perpétuel.

Le premier mois, du quatorzième jour au soir jusqu’au vingt et unième jour au soir, vous mangerez du pain sans levain.

Le quatorzième jour du premier mois est donc à la fois le jour où l’on immole l’agneau pour la Pâque et le premier jour où l’on mange des pains sans levain d’ù la formule employée par saint Marc. Les deux rites étaient probablement indépendants à l’origine: la fête des sains levain est une fête de cultivateur du sol alors que l’immolation de l’agneau est un rite d’éleveur.!ils sont été regroupés en une seule et même fête associée au souvenir du départ d’Égypte.



Méditation du mardi:

les préparatifs de la Pâque



Les disciples posent une question à Jésus sur les lieux où ils doivent faire les préparatifs pour la Pâque. Jésus ne répond pas directement à la question. La réponse vient au terme d’un long parcours qui passe par deux rencontres celle d’un homme qui porte une cruche puis celle du propriétaire (oikodespotès). Ce récit peut d’un simple d’un point de vue littéral faire l’objet de plusieurs explications.

Une première explication verrait en ce récit l’illustration du pouvoir prophétique de Jésus. En faveur de cette interprétation on peut citer la formule «Ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit» qui paraît souligner l’accomplissement de la prophétie faite par Jésus à ses disciples.

Une seconde explication – qui n’est d’ailleurs pas incompatible avec la première – pourrait être une certaine prudence de Jésus qui se sait recherché par les autorités juives. Saint Marc note qu’il ne reste pas la nuit à Jérusalem mais se retire à Béthanie où il est probablement plus en sécurité; exceptionnellement le jour de la Pâque il passe la soirée à Jérusalem pour se conformer à la Loi – en l’occurrence le livre du Deutéronome – qui prescrit d’offrir le sacrifice de la Pâque au lieu fixé par Dieu, c’est-à-dire à Jérusalem. L’anonymat de celui qui porte la cruche puis du maître de maison peut être considéré comme un gage de sécurité. Il s’agit probablement de garder le lieu où Jésus va passer la Pâque secret afin d’éviter que les autorités juives ne le connaissent et appréhendent Jésus. La précaution est d’autant plus nécessaire que Jésus doit se douter (voire la scène suivante) que l’un de ses disciples va le livrer aux autorités juives. Les deux disciples envoyés à Jérusalem sont laissés dans l’anonymat par saint Marc alors que saint Luc précise qu’il s’agit de Pierre et de Jean probablement parce qu’il s’agissait des deux personnalités les plus importantes du groupe des Douze; de ce fait on a dû considérer de manière rétrospective dans les communautés chrétiennes que c’étaient eux qui avaient dû remplir une mission aussi importante.

D’une manière plus fondamentale il ne semble que ce récit a pour but de résoudre une apparente contradiction entre deux éléments d’une part le caractère «familial» de la fête de la Pâque que soulignent les prescriptions du livre de l’Exode «un agneau par famille», «un agneau par maison», si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau» et d’autre part le mode de vie itinérant des disciples qui ont suivi Jésus «Nous avons tout quitté pour te suivre (Mc 10,28). Comme le montre la réponse de Jésus «nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’évangile une maison, des frères, une mère, un père, des enfants et une terre», ce que les disciples itinérants abandonnent pour suivre Jésus, c’est d’abord leur«maison», leur«famille». En effet dans le grec biblique, les mots pour dire» famille» sont oikos et oikia qui signifient au premier sens la maison et ensuite ceux qui y habitent. Ce récit souligne qu’à côté des missionnaires itinérants qui suivent Jésus de ces déplacements il faut qu’il y ait d’autres disciples du Christ qui apportent leur concours matériel même modeste - on peut rapprocher «un homme portant une cruche d’eau» de notre texte de Mc 9,41«et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense – ou plus conséquent comme le «maître de maison» ( oikodespotès) qui met sa maison à disposition des apôtres venant en quelque sorte réaliser la parole du christ selon laquelle les apôtres «recevront le centuple.» On peut noter ici le contraste entre deux figures celle du maître de maison ou chef de famille (oikodespotès) et celle du maître ou enseignant (didaskalos). Pour Jésus le rapport privilégié avec ses disciples est un substitut des relations familiales: «Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui il dit “Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère.»

On peut à partir de ce texte proposer une réflexion sur la structure de l’Église. Celle-ci doit comprendre nécessairement deux pôles:

  • un pôle inséré dans la structure mondaine
  • un pôle dans un certain décalage, une certaine rupture avec les structures de cette société, un pôle dans lequel les relations interpersonnelles se fondent sur une base différente.


Méditation du mercredi:

le récit d’institution de la cène selon saint Marc



On trouve dans le nouveau testament quatre récits d’institution de l’eucharistie, trois dans les différents évangiles synoptiques, selon saint Matthieu saint Marc et saint Luc et un dans la première lettre de saint Paul aux Corinthiens. Présentons rapidement les points communs et les différences existant entre ces différents récits pour mieux situer le récit selon saint Marc dans cet ensemble. Les récits des évangiles synoptiques comportent une parole de Jésus annonçant qu’il ne boira plus du fruit de la vigne avant la venue du Royaume. Cette parole est absente du récit de saint Paul. Dans les évangiles selon saint Marc et selon saint Matthieu, Jésus se contente de dire «Ceci est mon corps» sans la précision «pour vous» présente dans les récits de saint Paul et de saint Luc. Chez saint Marc Jésus ordonne aux disciples de prendre le pain– chez saint Matthieu il leur ordonne même de manger le pain puis de boire à la coupe – mais ni chez saint Marc, ni chez saint Matthieu, Jésus ne demande aux disciples de reproduire les gestes qu’il accomplit alors que chez saint Luc et dans la première lettre aux Corinthiens, le seul ordre donné par Jésus aux disciples est de «faire cela en mémoire de [lui].» Chez saint Marc, Jésus parle de «sang de l’alliance versé pour la multitude» - dans la version de saint Matthieu il est précisé «pour la rémission des péchés» - alors que dans la première lettre aux Corinthiens, Jésus parle seulement de la «nouvelle alliance en mon sang» sans parler de sang versé. Saint Luc propose une version en quelque sorte intermédiaire puisque Jésus y parle de «nouvelle alliance en mon sang» comme dans la première lettre aux Corinthiens mais ajoute «répandu pour vous».

À partir de ces constations, il semble que l’on soit en présence de deux traditions différentes sur le dernier repas de Jésus: l’une rapportée par saint Paul, dans la prière lettre aux Corinthiens, qui est le plus ancien écrit conservé sur l’institution de l’eucharistie et l’autre rapportée dans l’évangile selon saint Marc. Saint Mathieu semble avoir repris la version selon saint Marc en apportant quelques précisions alors que saint Luc connaît visiblement les deux versions. Il s’appuie principalement sur le récit de saint Paul mais le complète par des éléments empruntés à saint Marc. Le récit de saint Marc constitue donc une source ancienne sur l’institution de l’eucharistie distincte du récit de saint Paul.



Méditation du jeudi:

Le partage du pain



Le récit du d’institution de l’eucharistie selon saint Marc commence par une phrase narrative dans laquelle l’évangéliste emploie quatre verbes successifs pour décrire les actions de Jésus «prendre» (lambanô), «bénir» (eulogeô), «rompre» (klaô) et «donner» (didômi). L’emploi successif de ces quatre verbes renvoie aux deux récits de ce que l’on appelle communément «multiplications des pains» et que l’on devrait plutôt appeler «partage et distribution des pains» dans l’évangile selon saint Marc. En Mc 6,41, «Jésus prit (lambanô) les cinq pains et les deux poissons, et levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction (eulogeô) et rompit (kataklaô), les pains; il des donnait (didômi) aux disciples pour qu’ils les distribuent à la foule.» On trouve trois verbes communs entre le récit du premier partage des pains et celui de l’institution de l’eucharistie: prendre (lambanô), bénir (eulogeô) et donner (didômi). Quant à l’action de «rompre» pour laquelle deux verbes différents sont employés, klaô, et kataklaô, on peut noter qu’ils sont de même racine, kataklaô étant composé de klaô et du préfixe kata de bas en haut. De même en Mc 8,6: «Puis, prenant (lambanô) les sept pains et rendant grâce (eucharisteô) , il les rompit (klaô) et il les donnait (didômià à ses disciples». On trouve trois verbes communs entre ce récit du second partage des pains et celui de l’institution de l’eucharistie: prendre(lambanô), rompre (klaô) et donner(didômi). La différence concerne le verbe employer pour désigne ra première action de Jésus: dans le récit du dernier repas il s’agit du verbe «bénir» (eulogeô) alors que dans celui du second partage des pains, il s’agit du verbe «rendre grâce» (eucharisteô) qui a donné le nom d’eucharistie. On peut relever à ce propos que, dans le récit du dernier repas de Jésus Saint Marrc emploie successivement les deux verbes eulogeô lorsque Jésus prend le pain puis eucharisteô lorsque Jésus prend la coupe. Saint Marc paraît donc considérer les deux verbes eulogeô et eucharisteô comme deux verbes synonymes.

Le vocabulaire employé souligne donc le rapport étroit entre les récits de partage du pain et celui de l’institution de l’eucharistie. Lors de son dernier repas avec ses disciples Jésus refait les gestes qu’il a accomplis lorsque par deux fois il a nourri de grandes foules avec quelques pains et quelques poissons. Saint Marc avait souligné que ces deux signes n’avaient pas été compris des disciples qui en Mc 8,14-21 s’inquiétaient parce qu’ls n’avaient pris qu’un seul pain dans la barque. En réalité c’est la parole de Jésus prononcée du dernier repas qui donne la clé des gestes accomplis lors deux des deux partages des pains: «Ceci est mon corps.» C’est Jésus qui est le pain véritable, qui se don en nourriture en ses disciples, pain unique inépuisable qui peut se partager à l’infini et nourrir en surabondance toute une foule, pain unique qui assure la nourriture véritable tant qu’il et présent et il n’y pas besoin d’en avoir d’autres.



Méditation du vendredi:

La nouvelle alliance en mon sang versé pour la multitude



En donnant la coupe à ses disciples, Jésus parle de la «nouvelle alliance en son sang». Pour comprendre cette expression, il convient de revenir sur son arrière-plan vétérotestamentaire. Cette formule renvoie en effet à la description de l’Alliance passée entre le peuple d’Israël au Sinaï en Ex 24,3-8. Dans ce texte qui est d’ailleurs lu en première lecture, Moïse fait offrir des holocaustes et immoler des taureaux. Il recueille le sang des victimes qu’il divise en deux moitiés. Avec la première moitié il asperge l’autel. Avec la seconde moitié d’abord placé dans des coupes, il asperge le peuple après avoir fait lecture du livre de l’Alliance en disant «Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ses paroles, le Seigneur a conclue avec vous.» (Ex 24,8). Le sang répandu à la fois sur l’autel lieu de la présence de Dieu et sur le peuple est le symbole de l’Alliance passée entre Dieu et son peuple. Par cette alliance dans le sang le peuple s’engage à observer les commandements du livre de l’Alliance. L’expression «nouvelle alliance en mon sang» suggère une nouvelle alliance entre Dieu et le peuple passé non plus dans le sang des animaux mais dans le sang de Jésus lui-même.

En qualifiant cette Alliance de «nouvelle» Jésus renvoie au prophète Jérémie qui, dans la partie de son livre appelé le livret de la consolation, avait évoqué la perspective que, dans le futur, dieu conclurait une nouvelle alliance avec son peuple, alliance pour laquelle les commandements du Seigneur ne seraient plus écrits dans un livre mais directement inscrit dans le cœur des membres du peuple:

«Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte: mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur.

Mais, voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes: je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple.» (Jr 31,31-33)

En reprenant au prophète Jérémie l’expression «nouvelle alliance», Jésus suggère que désormais la Loi sur laquelle se fonde cette alliance n’est plus la Torah écrite reçue de Dieu mais le commandement de l’amour inscrit dans le cœur de chaque homme.

Jésus précise en outre que son sang est «versé pour la multitude.» Cette formule peut être rapproché du propos tenu par Jésus à ses disciples en Mc 10,45: «Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.» La reprise du terme «multitude» et l’idée du don de la vie rapprochent ces deux passages. Or en Mc 10,45, le terme «rançon» suggère que Jésus sa vie pour racheter la multitude. On peut penser que la même idée est sous-jacente dans le récit de l’eucharistie. Même si dans la version de saint Marc, Jésus ne dit pas explicitement comme chez saint Matthieu que son sang est versé «en rémission des péchés», le rapprochement avec Mc 10,45 paraît supposer ce même motif. De ce fait Jésus tend à s’identifier juste souffrant annoncé par Isaïe dans le quatrième chant du serviteur (Is 53,11): «Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes.»

En parlant de la nouvelle alliance en son sang versé pour la multitude, Jésus fait donc référence tout à la fois à la première alliance du Sinaï entre Dieu et le peuple d’Israël scellée dans le sang répandu des animaux, à la nouvelle alliance annoncée par le prophète Jérémie en laquelle la Loi du Seigneur est désormais inscrite dans le cœur des hommeset au juste souffrant du quatrième chant du serviteur du prophète Isaïe qui porte les péchés de la multitude et la justifie.



Méditation du samedi:

Le fruit nouveau de la vigne



Le récit de l’institution de l’eucharistie selon saint Marc s’achève par une dernière parole de Jésus sur le «produit de la vigne».: «Amen, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne, jusqu’au jour où je la boirai nouveau dans le royaume de Dieu.» Cette parole mérite d’être analysée avec soin. Tout d’abord, relevons qu’il s’agit d’une déclaration solennelle introduite par la formule: «Amen, je vous le dis». On pourrait presque parler d’un engagement public pris par Jésus devant ses disciples. De fait on peut relever que, dans la suite de l’évangile Jésus refuse le «vin aromatisé de myrrhe» qu’on propose au condamné à mort pour atténuer ses souffrances en mc 15,23: «Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe; mais il n’en prit pas.» et lorsqu’un soldat lui donne à boire une boisson vinaigrée – donc là encore un produit de la vigneen Mc 15,36 – «Jésus poussa un grand cri expira.» Cette déclaration a donc dans le contexte de l’évangile de Marc une valeur prophétique: au cours de son supplice Jésus ne boira pas du produit de la vigne puisqu’il refusera le vin aromatisé de myrrhe et mourra avant d’avoir bu la boisson vinaigrée donnée pour étancher sa soif. On pourrait d’ailleurs relever que l’expression «produite de la vigne» choisi de référence à «vin» peut s’appliquer aux deux boissons proposées à Jésus lors de sa crucifixion. D’une autre côté cette déclaration solennelle de Jésus de sa volonté de ne plus boire du fruit de la vigne s’apparente à l’engament pris par le nazir selon Nb 6,2b-‘:

«Quand un homme ou une femme fait un vœu particulier, le vœu de naziréat, par lequel il se voue au Seigneur, il s’abstiendra de vin et de boisson forte, il ne boira ni vinaigre de vin, ni vinaigre d’alcool, il ne boira aucun jus de raisin, il ne mangera nr raisins frais ni raisins secs. Tous les jours de son naziréat il ne mangera aucun produit e la vigne, même pas les pépins ou la peau.»

Par cette déclaration solennelle qu’il ne mangera plus du fruit de la vigne, Jésus paraît faire un vœu de naziréat jusqu’à l’instauration du royaume de Dieu. Cette déclaration tranche d’ailleurs aves les pratiques précédentes de Jésus dont on reproche en Mc 2,18. Dans les évangiles selon saint Matthieu et selon saint Luc, Jésus est même accusé d’être un ivrogne ou selon une traduction plus littérale du terme grec employé oinopotès – un buveur de vin (Mt 11,19/:Lc 7,34);

Dans la seconde partie de sa parole Jésus évoque le vin nouveau du royaume. Jésus a déjà parlé du «vin nouveau» dans une petite parabole rapportée en Mc 2,22: «ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres; car alors le vin fera éclater les outres et l’on perd à la fois le vin et les outres; À vin nouveau, outres neuves. » si l’on replace cette parabole dans le contexte – Jésus répond à question de savoir pourquoi ses disciples ne jeûne pas – le vin nouveau paraît désigner la prédication du royaume de Dieu qui n’entre pas dans les cadres religieux traditionnels. D’une certaine manière le vin nouveau est donc déjà associé au Royaume. Toutefois dans e récit de l’institution de l’eucharistie la mention du royaume a une valeur nettement eschatologique, il ne s’agit plus du Royaume de Dieu déjà présent dans la prédication de Jésus mais du Royaume pleinement manifesté. La mention du vin que boira Jésus renvoie dans ce contexte au festin messianique décrit en Is 25,6: «Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples sur la montagne, un festin de viandes grasses et vin capiteux, un festin de viandes succulentes et vins décantés.»

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