Evangile du dimanche

Méditer sept jours avec l’évangile du dimanche :

treizième dimanche du temps ordinaire

année A

(Mt 10,37-42)


Méditation du dimanche : introduction au texte de l’évangile.


En cette treizième semaine du temps ordinaire, nous terminons la lecture du deuxième grand discours de l’évangile selon saint Matthieu, le discours missionnaire. Notre texte constitue en quelque sorte la conclusion de ce discours puisque, le verset qui le suit est un verset narratif qui fait la transition avec une autre section de l’évangile : « Lorsque Jésus eut terminé les instructions qu’il donnait à ses douze disciples, il partit de là pour proclamer et enseigner la parole dans les villes du pays »(Mt 11,1).

Cette conclusion du discours missionnaire se présente comme une collection de sentences exprimée à la troisième personne du singulier. Jésus ne s’adresse pas ici directement à ses disciples – la deuxième personne du pluriel « vous » n’apparaît qu’à deux reprises dans notre texte et encore pas comme sujet mais comme complément d’objet direct. Ces sentences ont donc une portée générale et en paraissent pas s’appliquer aux seuls disciples. Ces différentes sentences portent sur le rapport avec Jésus ou avec ceux qui sont liés avec lui. Le pronom personnel de la première personne revient en effet à sept reprises dans notre texte, six fois comme come complément (cinq fois sous la forme moi, une fois sous a forme m’) et une fois comme sujet (je). Du point de vue du vocabulaire, on peut relever la répétition de l’expression « ne pas être digne de » qui revient à trois reprises au début du texte, et celle du verbe accueillir qui apparaît six fois à la fin de celui-ci. Cette remarque permet-nous semble-t-il de déterminer eux grandes parties de nature thématique dans notre texte, une première allant du v. 37-39 autour du motif « être digne de Jésus » et une seconde du v. 40 au verset 42 autour du motif de l’accueil.

La plupart des sentences qui composent notre texte ont des parallèles dans d’autres évangiles mais notre texte est le seul où on les trouve regroupées toutes ensembles.

La première partie concernant l’exigence de la vocation du disciple peut être décomposée en trois sentences : la première porte sur la nécessité d’aimer Jésus plus que sa propre lignée (v. 37). Cette sentence a son parallèle en Lc 14,26. La seconde sentence porte sur la nécessité de porter sa croix (v.38).Elles retrouvent sous deux formes dans les évangiles : d’une part dans notre texte et en Lc 14,27la nécessité de porter sa croix est liée à celle de préférer Jésus à sa famille ; d’autre part en Mt 16,24et dans les textes parallèles (Mc 8,34 ; Lc 9,23) : porter sa croix est présentée conjointement au fait de renoncer à soi-même comme les conditions nécessaires pour ceux qui veulent se mettent à la suite de Jésus. La troisième sentence sur la nécessité de « perdre sa vie pour la trouver ». Cette sentence se retrouve en Mt 16,25 et dans les textes parallèle (Mc8,35 ; Lc 9,24) juste après l’énoncé des conditions pour ceux qui veulent se mettre à la suite de Jésus. Elle est présente dans des contextes différents en Lc 17,33 et en Jn 12,25.

La deuxième partie concernant l’accueil des disciples peut elle aussi être décomposée en trois sentences. La première sentence signale qu’accueillir un disciple c’est accueillir Jésus et au-delà celui qui a envoyé. Cette sentence a un parallèle très proche en Jn 13,20 et deux autres parallèles un peu moins proches en Lc 8,37 et Mc 9,48.où, dans la première partie de la sentence ce n’est pas un disciple qui est accueillie mais un petit enfant. La deuxième sentence sur l’accueil d’un prophète ou d’un juste est la seule qui n’a pas de parallèle dans les autres évangiles. Enfin la dernière sentence sur le verre d’eau fraîche a un parallèle en Mc 9,41.


Méditation du lundi : Préférer Jésus à sa propre famille


La première sentence de notre texte réalise la transition avec ce qui précède. Jésus vient en effet d’annoncer (Mt 9,35-36) qu’il venait apporter la division dans les familles : « Oui je suis venu séparer l’homme de son père, al fille de sa mère, al belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. » C’est dans le contexte des divisions familiales provoquées par Jésus que les disciples sont appelés à prendre parti pour Jésus contre les membres de leur propre famille.

Cette première sentence a son parallèle en Lc 14,26. La formulation de saint Matthieu et moins radicale plus acceptable que celle de saint Luc qui parle dans le texte grec de haïr ses parents (même si la traduction liturgique édulcore le texte de saint Luc en le « corrigeant » à partir de saint Matthieu). Le contexte est aussi différent. Dans notre texte Jésus s’adresse aux disciples qu’il vient de choisir et d’envoyer en mission et leur expose en quelque sorte les conditions pour accomplir le ministère qui leur est confié alors qu’en Lc 14,26 Jésus s’adresse aux foules qui le suivent comme s’il voulait en décourager certains, faire une sélection et ne garder que les plus motivés.On peut remarquer que dans la suite de l’évangile selon saint Matthieu cette exigence de préférer Jésus à sa propre famille se trouve reformulée de manière positive en récompense promise pour ceux qui ont préféré Jésus à leur propre famille en Mt 19,29 : « Et celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle. »La formulation de saint Matthieu « ne sont pas dignes de moi » invite à rapprocher cette sentence du comportement de Jésus envers ses parents tel qu’il est rapporté par l’évangile selon saint Matthieu Lorsque la mère et les frères de Jésus viennent le voir et restent dehors sans entrer dans la maison où Jésus enseigne à ses disciples, Jésus, en désignant ceux-ci, déclare : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » (Mt 12,49-50) ; Jésus montre ici qu’il préfère la volonté de son Père qui est aux cieux à sa mère et ses frères.

Si l’on replace maintenant cette sentence dans le contexte plus général de la Bible, on peut la rapprocher de la bénédiction adressée par Moïse en Dt 33,9 : « lui qui a dit de son père et de sa mère : “je ne les ai pas vus !”, lui qui ne reconnaît pas ses frères et ignore ses fils !
Car ils ont gardé ta parole et maintenu ton alliance. »Les lévites sont ici bénis pour leur fidélité à la Loi, au commandement de Dieu qu’ils ont préféré à leur propre famille. Cette bénédiction renvoie à l’épisode au récit de l’apostasie d’Israël au Sinaï lorsque le peuple a fabriqué un veau d’or. Moïse a alors demandé aux lévites de remettre de l’ordre de manière musclée : (Ex 32,27) : « Ainsi parle le seigneur, le Dieu d’Israël : mettez l’épée au côté, parcourez le camp de porte en porte et tuez qui on frère, qui son ami, qui son proche ! » La préférence des Lévites pour Dieu par rapport à leurs parents a donc pris un tour particulièrement radical. Les disciples de Jésus sont appelés à avoir pour la loi nouvelle du royaume de Dieu la même fidélité que les lévites envers l’alliance du Sinaï et cela peut aller jusqu’à une rupture violente avec leurs parents si ceux-ci refusent de croire.

Un dernier élément pour comprend cette sentence est le contexte communautaire dans laquelle elle a été rédigée. Le discours d’envoi en mission des disciples dans son ensemble est un texte adressé à des prédicateur itinérants entièrement dévoués à l’annonce de la parole. Il reflète l’existence de tels prédicateurs dans les communautés chrétiennes primitives et propose en quelque sorte un norme de comportement pour ceux-ci, ces prédicateurs étant à la charge de la communauté qui les recevait,, ils ne pouvaient se déplacer en famille sous peine de représenter une charge financière insupportable pour ceux qui les accueillaient d’où la consigne donné aux prédicateurs itinérants de renoncer à leur famille au moins pendant le temps de leur prédication de préférer Jésus et sa parole à leurs propre parenté.


Méditation du mardi : Prendre sa croix à la suite de Jésus


La deuxième sentence de notre texte a de nombreux parallèles. Le plus proche est celui de Lc 14 ,27 où Jésus s’adresse à la foule en ces termes : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. ». Par rapport à celle de saint Luc, la formulation de saint Matthieu insiste sur la comparaison avec Jésus qui représente en quelque sorte la norme à l’aune duquel est jugé le comportement du disciple Pour être un disciple pour saint Matthieu il faut être digne de Jésus. Nous sommes implicitement appelés à étalonner notre comportement avec celui de Jésus à nous demander, en telles circonstances qu’aurait fait Jésus.

Cette deuxième sentence apparaît dans un autre passage de l’évangile selon saint Matthieu et dans ses parallèles selon saint Marc et selon saint Luc. en Mt 16,24, après la confession de foi de l’saint Pierre reconnaissant en Jésus le Christ, le Fils du Dieu vivant, à la suite de la première annonceà ses disciples de sa passion, de sa mort et de sa résurrection et dela réprimande faite à Pierre qui refusait ma perspective de la mort de son maître, Jésus enjoint ses disciples de le suivre sur cette voix ardue : qu’il va lui-même emprunté « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » avouons-le cette sentence apparaît plus à sa place après l’annonce de la passion lorsque Jésus a expliqué que la voie qui le menait à la résurrection passait par la souffrance à la mort ; les disciples sont alors appelés à suivre leur maître sur cette même voix en prenant leur croix à sa suite. La sentence a moins de sens lorsque comme dans notre texte elle est placée avant toute annonce de la passion de Jésus. Pourquoi porter sa croix peut alors légitimement se demander le lecteur, Saint Matthieu est d’ailleurs le seul évangéliste à placer cette sentence avant la première annonce de la passion. Ce choix s’explique par sa volonté de constituer un discours d’envoi en mission en quelque sorte exhaustif qu’il met en relation avec le choix des douze. Pour être vraiment complet un tel discours ne pouvait éluder la perspective de la croix à laquelle tout disciple à la suite de Jésus se trouve nécessairement confronté. Matthieu la signale donc anticipant sur l’annonce de la passion de Jésus qui n’a pas encore eu lieu dans son évangile.


Méditation du mercredi :Trouver et perdre sa vie


La troisième sentence de notre texte a de nombreux parallèles. On la retrouve dans l’évangile selon saint Matthieu, après la première annonce de la passion en Mt 16,25 : « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera » ainsi que les passages parallèles à Mt 16,25 c’est-à-dire Mc 8,35 et Lc 9,24. on en retrouve aussi une seconde version dans l’évangile selon saint Luc, dans l’évocation des jours du Fils de l’homme en Lc 17,33 : « Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. et qui la perdra la sauvegardera. Elle se retrouve aussi sous une forme un peu différente dans l’évangile selon saint Jean en Jn 12,25 « Qui aime sa vie la perd, qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. » la présence de cette sentence à deux repriseset dans des formes relativement proches dans les évangiles selon saint Matthieu et saint Luc suggère que celle-ci leur est parvenue par deux sources indépendantes que les deux évangélistes ont cité d’une part l’évangile selon saint Marc et d’autre part un recueil perdu de paroles de Jésus que les exégètes désignent traditionnellement sous le nom de source Q première lettre de l’allemand Quelle. Le texte de saint Jean dont la formulation est assez différente témoigne d’une tradition indépendante. On a donc une sentence très bien attestée et il n’y a guère de doute qu’il s’agit là d’une parole authentique de Jésus. dont la radicalité a dû frapper les disciples qui l’ont conservé avec soin Mais il ne faut pas oublier que cette parole a été très probablement prononcée en araméen et que les différentes formulations grecques rapportées par les évangiles ne sont que des traductions. Les particularité de al formulation de saint Matthieu est l’opposition entre les verbes « perdre »/ « trouver » alors que dans les autres évangiles, l’on trouve plutôt le couple « perdre »/ »garder » Le couple « perdre »/ « trouver » peut sembler au premier abord plus surprenant. Notre vie nous l’avons déjà et nous voulons la « garder » plutôt que la « trouver ». Toutefois il faut tenir compte que le verbe grec heuriskô signifie aussi bien « retrouver » que « trouver ».A nsi dans la parabole du fils prodigue le père déclare au retour du fils cadet : « car mon fils que voilà était mort, et iles revenu à la vie ; il était perdu , et il est retrouvé (heursikô) » (Lc 15,23) L’on pourrait donc comprendre la deuxième partie de la phrase « qui a perdu sa vie à cause de moi la retrouvera. » Au sens premier cette formule évoque le fait de mourir à cause de Jésus, ce que l’on appelle communément le martyr. il faut remarquer de ce point de vue que dès l’époque de la persécution du roi séleucide Antiochus Épiphane au 2esiècle avant notre ère était apparue l’idée que ceux qui donnaient leur vie par fidélité à la Loi et à Dieu se la verrait rendre par Dieu en vie éternelle. Le discours tenu par la mère des sept frères martyrisés par Antiochus Épiphane au dernier de ses fils pour l’exhorter à suivre l’exemple de ses six frères est de ce point de vue tout à fait caractéristique : « C’est le Créateur du monde qui façonne l’enfant à l’origine, qui préside à l’origine de toute choses. Et c’est lui qui dans sa miséricorde, vous rendra l’esprit et la vie, parce que pour l’amour de ses lois, vous méprisez maintenant votre propre existence. » (2 M 7,23) Cette sentence de Jésus s’enracine donc dans l’expérience du peuple juif persécuté lors de la tentative d’hellénisation forcée d’Antiochus Épiphane. Toutefois ici l’attachement à la personne de Jésus remplace la fidélité à la Loi. Jésus n’est pas seulement le nouveau Moïse il est la Loi faite chair auquel le chrétien doit donner sa vie sinon en versant le sang du moins en la consacrant entièrement au service de son Seigneur.


Méditation du jeudi

Qui vous accueille m’accueille et qui m’accueille accueille

Celui qui m’a envoyé.


La seconde partie de notre évangile, centrée sur le thème de l’accueil des disciples comprend, elle aussi, trois sentences, classée selon un ordre d’importance décroissant. La première sentence, qui a des parallèles dans les trois autres évangiles, souligne que l’accueil des envoyés de Jésus est un accueil de Jésus lui-même et de celui qui l’a envoyé. La seconde sentence propre à l’évangile selon saint Matthieu qualifie les disciples accueillis de « prophètes » et de « jutes » soulignant la continuité entre la mission des apôtres et celles des prophètes et justes de la première alliance. La dernière sentence qui a son parallèle dans l’évangile selon saint Marc suggère que le moindre geste fait en faveur d’un disciple du Christ aura sa récompense.

La première sentence de cette deuxième partie a des parallèles dans les évangiles selon saint Marc et saint Luc qui présentent toutefois une différence notable. Ici le complément d’objet direct du premier verbe « accueillir » est « vous » et non pas « un enfant » comme chez saint Marc et chez saint Luc. Il est vrai que e contexte dans lequel est énoncée cette sentence n’est pas le même. Chez saint Marc (Mc 9,33-37) et chez saint Luc (Lc 9,46-48) cette sentence prend place en conclusion d’un enseignement de Jésus sur l’humilité nécessaire aux disciples : après que ceux-ci ont discuté entre eux pur savoir quel est le plus grand, Jésus leur explique que le plus grand parmi eux sera le plus petit et place un enfant au milieu d’eux en indiquant que celui qui accueille cet enfant l’accueille lui et que celui qui l’accueille Lui accueille le Père qui l’a envoyé. Le contexte est très différent dans notre texte où cette sentence est intégrée à un discours d’envoie en mission des disciples. De ce fait la sentence change quelque peu de fonction. Alors que chez saint Marc et chez saint Luc, elle servait à souligner l’importance de l’accueil même du plus petit, chez saint Matthieu elle paraît avoir au contraire pour but de mettre en exergue l’éminente dignité des disciples envoyé du Christ, lui-même envoyé du Père.


Méditation du vendredi : L’accueil des justes et des prophètes


Le verset 41 présent deux sentences parallèles propres à l’évangile selon saint Matthieu qui affirment que l’accueil des justes et des prophètes sera récompensé. La question que pose ses deux sentences qui sont ces justes et ces prophètes. Il convient tout d’abord de souligner l’enracinement vétérotestamentaire de ces sentences. Dans l’Ancien Testament le terme « juste » (dikaios) apparaît dès le livre de la Genèse pour désigner Noé, présenté comme un homme juste, parfait. (Gn 6,9) Dans la suite de l’évangile selon saint Matthieu, le qualificatif « le Juste » est donné à Abel par jésus en conclusion d’une diatribe prononcée par Jésus à l’encontre des pharisiens « ainsi retombera sur vous tout le sang des justes qui a été versé sur la terre depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils Barahcie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel. » L’identité du second personnage évoqué ici est plus problématique puisque Jésus, du moins dans le propos rapporté par Matthieu paraît confondre Zacharie, fils du prêtre Joad, lapidé aux portes du temps du Jérusalem avec le consentement le roi Joas d’après le livre des Chroniques (2 Ch 24, 20-22) et le prophète Zacharie, fils de Barachie, auquel est attribué le livre de Zacharie qui a vécu après l’exil à Babylone et dont on ne nous dit pas qu’il a été assassiné. L’apparente confusion entre les deux Zacharie de l’Ancien Testament souligne que pur saint Matthieu, justes et prophètes ne sont pas deux catégories étanches. Zacharie est à la fois un juste assassiné et un prophète. La mention de l’assassinat des justes ainsi que la définition d’Abel comme « le juste » semblent suggérer que pour saint Matthieu se caractérisent comme des persécutés, ce qui a pu être aussi le cas des prophètes. Par ailleurs la mention d’une récompense promise pour ceux qui accueillent les prophètes renvoie à des épisodes des cycles d’Élie et d’Élisée dans le livre des rois. Le prophète Élie ressuscite le fils de la veuve de Sarepta qui l’a accueilli lors de la famine consécutive à al grande sécheresse décrétée par le prophète (1 R 17, 7-24). Le prophète Élisée obtient qua la femme de Shunam qui a mis une chambre à sa disposition ait un fils puis le ressuscite lorsque celui-ci meurt subitement (2 R 4,8-37). Toutefois les juste set les prophètes qui sont évoqués dns notre texte mais bien des disciples du Christ. Dans l’évangile selon saint Matthieu, l’adjectif « juste » est employé pour qualifier l’époux de la mère de Jésu, Joseph qui refuse de la dénoncer pour adultère bien qu’elle soit enceinte avant leur union (Mt 1,19). Ici la justice de Joseph ne consiste pas à se conformer à la Loi qui prévoit de lapider la femme soupçonnée d’adultère mais de la dépasser. De fait, Jésus dans son premier discours souligne que la justice de ses disciples doit dépasser celle des scribes et des pharisiens c’est-à-dire la stricte observance de la Loi. Les vrais justes ne doivent pas seulement renoncer au meurtre mais à la colère qui peut conduire à la violence, non seulement à l’adultère mais à toute forme de concupiscence, non seulement aux faux serments mais à tout serment, ils doivent renoncer à se venger et aimer non seulement leurs proches mais aussi leurs ennemis. Pour saint Matthieu, les justes sont ceux qui accomplissent la Loi et les prophètes en faisant pour les autres ce qu’ils voudraient que les autres fassent pour eux. Les justes que doivent être les disciples du Christ pour saint Matthieu dans la continuité des justes et des prophètes de l’Ancien Testament et à ceux qui les accueillent est promise la même récompense que celle dont ont bénéficié les personnages de l’Ancien Testament qui ont accueilli des prophètes comme Élie et Élisée. Dans l’évangile selon saint Matthieu le terme prophète est généralement employé pour désigner les prophètes de l’Ancien Testament, qui sont souvent cités. Un seul contemporain de Jésus est défini comme un prophète dont Jésus lui-même dit qu’il est bien plus qu’un prophète (Mt 11,9) . Jésus lui-même est considéré par les foules comme un prophète. À son entrée à Jérusalem, on dit de lui : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. » cette appellation de prophète inscrit la prédication de jean le Baptiste puis de Jésus dans la continuité des prophètes de l’Ancien Testament. Par ailleurs on sait que dans les communautés chrétiennes primitives, il y avait des fidèles qui exerçaient les ministères de prophètes. Ainsi saint Paul dans la lettre aux Ephésiens s’exprime en ses termes : « Et les dons qu’il a faits, ce sont les apôtres et aussi les prophètes, les évangélisateurs et ceux qui enseignent. De cette manière les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ. » (Eph 4,11-12). Les Actes des Apôtres mentionnent à deux reprises l’intervention d’un prophète chrétien lié semble-t-il à la communauté de Jérusalem, du nom d’Agabus (Ac 13, 27-30 ; Ac 21, 10-11). Il n’est pas sûr que dans notre texte , le mot « prophète » doive être compris selon ce sens technique. Il peut s’agit d’une manière de souligner la continuité entre les apôtres de Jésus et les prophètes et justes de l’Ancien Testament.


Méditation du samedi : Un simple verre d’eau fraîche


La dernière sentence de notre évangile a son parallèle dans l’évangile selon saint Marc au chapitre 9. Toutefois dans la version selon saint Marc, la sentence est énoncée à la deuxième personne du pluriel. Ce « vous » renvoie aux disciples : « Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. » en revanche, dans notre texte le don du verre d’eau fraîche est fait non pas à « vous » mais « à l’un de ses petits ». il y adonc une sorte d’inversion entre les évangiles de saint Marc et de saint Matthieu alors que chez saint marc l’accueil concerne un enfant et le don d’u verre d’eau, vous, c’est-à-dire les disciples ; chez saint Matthieu, l’accueil concerne « les disciples » et le don de du verre d’eau « un des ces petits ». On peut relever que l’expression « un de ces petits ou « un de ces plus petits » est une expression familière de l’évangile selon saint Matthieu, qui semble accorder une grande importance aux membres les plus modestes de la communauté. Ainsi la parabole de la brebis perdue dans l’évangile selon saint Matthieu présente une conclusion assez différente du texte parallèle de saint Luc dans lequel Jésus insiste sur le souci du Père pour les plus petits : « Ainsi votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu’n seul de ces petits soit perdu. » (Mt 18,14) Surtout la description du jugement dernier, texte propre à l’évangile selon saint Matthieu qui conclut le dernier discours de Jésus dans cet évangile, insiste sur l’importance de ce qui est fait au plus petit. Aux élus qui s’étonnent de ce qu’il les félicite d’avoir fait pratiquer la miséricorde à son égard, le roi répond : « amen, je vous le dis, chaque vois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25,40) Le rapprochement avec notre texte apparaît d’autant plus pertinent que parmi les œuvres de miséricorde énumérés figure justement le fait d’avoir donné à boire : « j’avais soir et vous m’avez donné à boire » (Mt 25,35). On peut donc penser que saint Matthieu a introduit dans notre texte la notion de « petits » pour en faire une sorte d’annonce de ce que Jésus va proclamer plus solennellement dans son dernier discours à savoir que les gestes de charité effectués à l’égard des plus petits membres de la communauté chrétienne sont comme s’ils étaient effectués à l’égard du Christ lui-même et que ce sont ses petits gestes insignifiants aux yeux du monde fait pour des personnes insignifiantes aux yeux du monde qui vaudront à leurs auteurs la plus belle des récompense, la plus belles des récompenses, le royaume préparé pour eux avant la fondation du monde

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