Evangile du dimanche

Méditer sept jours avec l’évangile du dimanche :

vingt-septième dimanche du temps ordinaire

(Mt 21, 33-43-32)


Méditation du dimanche : présentation du texte de l’évangile


La parabole, traditionnellement dite des « vignerons homicides » se trouvent rapportées dans les trois évangiles synoptiques selon saint Matthieu, saint Marc et saint Luc. Les trois évangélistes placent cette parabole au début de la prédication de Jésus à Jérusalem. Après que Jésus est entré à Jérusalem et a chassé les marchands du Temple, alors qu’il enseigne à nouveau dans le Temple, les grands-prêtres et les anciens lui demandent de quel droit il fait cela. Jésus leur répond par une question le baptême de Jean le Baptiste vient-il de Dieu ou les hommes ? Sentant le piège que contient cette question, les grands-prêtres et les anciens ne répondent pas à la question de Jésus. En retour Jésus refuse de dire de quel droit il agit. Et il ajoute la parabole des vignerons homicides dont, nous disent les évangélistes, les grands-prêtres et les anciens comprennent qu’elle les concerne. Ils souhaitent arrêter Jésus mais n’osent le faire à cause de la foule.

Cette parabole paraît reprendre une comparaison traditionnelle dans la Bible hébraïque celle d’Israël avec une vigne. L’exemple le plus connu de cette image est la parabole de la vigne que l’on trouve au chapitre 5 du livre du prophète Isaïe (et que la liturgie propose en première lecture de ce dimanche). L’explication que donne le prophète de cette parabole est très claire :

La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit et voici le crime ; il en attendait la justice et voici les cris.

La conclusion de notre parabole est toutefois assez différente de celle d’Isaïe :

Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire des fruits.

Dans notre parabole la vigne ne renvoie plus à Israël mais au royaume de Dieu, Israël étant lui figuré par un élément absent de la parabole d’Isaïe mais qui joue un grand rôle dans notre texte, les vignerons.

Notre texte peut se décomposer en plusieurs parties

  1. la situation initiale de la parabole : un propriétaire plante une vigne, l’aménage et la loue à des vignerons
  2. l’envoi des serviteurs pour percevoir le fruit de la vigne et les mauvais traitements que leur infligent les vignerons
  3. l’envoi du fils du propriétaire et le meurtre de celui-ci
  4. la conclusion donnée par les interlocuteurs de Jésus lui-même : le retrait de la vigne aux vignerons
  5. l’explication donnée par Jésus : le royaume de Dieu va être retiré à ces interlocuteurs.


Méditation du lundi : L’aménagement de la vigne


La première partie décrit l’aménagement de la vigne. Cette description – commune aux évangiles selon saint Matthieu et saint Marc, mais très abrégée par saint Luc – reprend les termes d’Isaïe 5,2 dans la traduction grecque de la Septante : planter une vigne (phuteuô ampelôna), l’entourer d’une clôture (peritithèmiphragmon), creuser un pressoir (orussô lènion) et bâtir une tour (oikodomeô purgon). On peut relever que l’expression « entourer d’une clôture » apparaît en Is 5,2 dans la traduction grecque des Septante mais pas dans le texte hébreu. Toutefois, dans la suite du texte hébreu – comme dans sa traduction grecque – est évoquée la destruction de la clôture (Is 5,5). Le lecteur ou l’auditeur de l’évangile qui connaît le texte d’Isaïe se retrouve en terrain familier. Il comprend l’allusion faite à ce texte et il s’attend à une parabole du même genre. Toutefois à cette description est ajouté un élément absent de la parabole d’Isaïe : la vigne est louée à des vignerons. On peut voir cela comme un élément d’actualisation car, au temps de Jésus, de nombreux domaines en Palestine, appartenaient à des propriétaires qui étaient souvent des non-juifs et ne résidaient pas sur place, l’exploitation étant confiée à des fermiers juifs. Ces vignerons qui travaillent pour le compted’un maître partit en voyage bénéficient donc d’un a priori plutôt favorable de la part des auditeurs de Jésus. Pour l’auditeur familier de la parabole d’Isaïe, le propriétaire représente Dieu et la vigne le peuple d’Israël. Dans cette perspective, les vignerons qui se trouvent en position intermédiaire entre le propriétaire et la vigne peuvent être lus en premier lieu comme une figure des autorités politiques et religieuses d’Israël. C’est à eux que Dieu a confié sa vigne, son peuple. Les auditeurs de Jésus ne s’y trompent d’ailleurs pas puisque les grands-prêtres et les pharisiens comprennent que cette parabole les concerne. La parabole d’Isaïe présentait une sorte de face à face entre le propriétaire et la vigne c’est-à-dire entre Dieu et son peuple. Jésus introduit une figure intermédiaire les vignerons qui sont chargés de faire la médiation entre le propriétaire et la vigne. Tel est le rôle dévolu aux autorités religieuses et politiques d’Israël chargées de la médiation entre Dieu et son peuple.


Méditation du mardi : l’envoi des serviteurs pour percevoir es fruits de la vigne


La seconde partie de la parabole amène un déplacement par rapport à la parabole d’Isaïe. Celle-ci mettait l’accent sur la vigne. Et, à lire la description des soins attentifs donnés à celle-ci par le propriétaire, on pourrait croire qu’il en serait de même dans notre parabole. Or, de la vigne il n’est presque plus question dans la suite de la parabole. Ce sont les vignerons qui passent au premier plan. Ils refusent de remettre aux serviteurs envoyés par le maître le produit de la vigne au temps fixé. Chez saint Matthieu, le maître de la vigne envoie ses serviteurs en deux groupes successifs, le second plus nombreux que les premiers alors que dans les autres évangiles, le maître envoie ses serviteurs un par un. L’envoi de deux groupes successifs de serviteurs rapproche notre texte d’une autre parabole rapportée par saint Matthieu, celle des invités de la noce (Mt 22, 1-14), dans laquelle le maître envoie vainement deux groupes de serviteurs pour persuader les invités de venir à la noce. Une autre particularité de l’évangile de Matthieu est qu’il est le seul à évoquer la lapidation parmi les mauvais traitements infligés par les vignerons aux serviteurs. L’emploi de ce verbe lithobolô nous fournit d’ailleurs une clef pour l’interprétation de ce passage de la parabole. Matthieu l’emploie en effet à une autre reprise au chapitre 23 de son évangile dans une apostrophe adressée par Jésus à la ville de Jérusalem qui commence ainsi :

Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés… (Mt 23,37)

Cette apostrophe pourrait presque être comprise comme une explication de notre parabole. Les vignerons représenteraient Jérusalem ; les serviteurs maltraités par ceux-ci les prophètes et les envoyés de Dieu. Même sans ce verset qui l’explicite clairement, le rapprochement entre les serviteurs envoyés par le maître de la vigne et les prophètes est assez facile à faire. Dans la Bible hébraïque, les prophètes sont souvent désignés comme les serviteurs du Seigneur ainsi en Jr 7,25 et 25,4. Les mauvais traitements infligés par les vignerons aux serviteurs renvoient donc à ceux que les autorités juives ont infligés aux prophètes (voir notamment 1 R 19,14et Ne 9,26).D’ailleurs au chapitre 23 de l’évangile selon saint Matthieu, Jésus achève sa diatribe à l’encontre des scribes et des pharisiens en les accusant d’être les fils de ceux qui ont assassinés les prophètes, puis en annonçant qu’eux-mêmes vont maltraiter les prophètes (Mt 23,29-36). Placés dans une position intermédiaire entre la vigne et le propriétaire, les vignerons devraient faciliter la relation entre le propriétaire et sa vigne. Tout au contraire, ils empêchent cette relation. Les autorités religieuses et politiques juives qui devraient faire connaître la volonté de Dieu au peuple sont ici accusées au contraire de couper la relation entre le peuple et Dieu. On peut penser à un autre reproche formule par Jésus aux scribes et aux pharisiens au chapitre 23 de l’évangile selon saint Matthieu :

«Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le royaume des Cieux devant les hommes ; vous-mêmes en effet, n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. » (Mt 23,13)


Méditation du mercredi : L’envoi du fils


À la fin, le maître décide alors d’envoyer son fils. Cette décision peut paraître surprenante après les mauvais traitements infligés aux serviteurs. Elle l’est encore plus dans la version de saint Matthieu puisqu’après un premier groupe de serviteur et un second groupe « encore plus nombreux », le fils est lui envoyé, semble-t-il seul. Le maître de la vigne ne se place donc pas dans la logique d’un rapport de force (envoyer toujours plus de serviteurs pour contraindre par la force les vignerons à le payer) Son pari est plutôt du respect que les vignerons montreront envers son fils. Le maître considère que sa qualité de fils lui vaudra la protection et l’obéissance. Le but du maître n’est pas de punir les vignerons mais de restaurer la relation rompue avec eux. Cela implique une certaine prise de risque : le maître envoie son fils, seul, désarmé face à des vignerons qui se sont montrés violents : « comme une brebis au milieu des loups » pour reprendre les paroles de Jésus en voyant ses disciples en mission (Mt 10, 16). L’idée que le fils est le dernier des envoyés de Dieu auprès du peuple se trouve développé dans les deux premiers versets de la lettre aux Hébreux :

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par lequel il a créé les mondes. (He 1,1-2)

On peut voir aussi ici une réponse implicite de Jésus à la question que lui ont posé auparavant les grands prêtres et les anciens sur l’origine de son autorité. Il laisse entendre ici qu’elle vient de sa qualité de « fils de Dieu ». L’expression de « fils de Dieu » a déjà été employée à plusieurs reprisés dans l’évangile selon saint Matthieu pour désigner Jésus. Une voix venue du ciel l’a désigné ainsi au moment du baptême (Mt 3,17) puis lors de la transfiguration (Mt 17,5). Entre ces deux épisodes, les disciples après la marche de Jésus sur les eaux ont reconnu qu’il était vraiment « un fils de Dieu » (Mt 14,33) puis Pierre a confessé qu’il était « le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16). Pour le lecteur de l’évangile, le terme « fils » renvoie donc à Jésus lui-même même si Matthieu est ici moins explicite que Marc et Luc qui rappellent plus nettement la voix entendue lors du baptême et lors de la transfiguration en parlant de fils bien-aimé. Mais les vignerons n’ont pas la réaction attendue par le propriétaire. Ils ne voient pas un fils en lien avec un père, mais un héritier dont ils espèrent capter l’héritage. Les vignerons paraissent oublier que ce ne sont pas eux qui ont aménagé la vigne, et qu’en quelque sorte ils bénéficient du travail initial fait par un autre, le propriétaire. Ils veulent garder la vigne pour eux en coupant toute relation avec son propriétaire. De ce point de vue il est caractéristique que la seule parole que les vignerons prononcent soit une parole qu’ils échangent entre eux. Ils ne parlent pas aux envoyés du propriétaire et à son fils. Ils refusent d’avoir des relations avec eux. Les vignerons qui s’approprient la vigne peuvent être vus comme une figure de l’humanité oubliant que la création ne lui appartient pas qu’il ne l’a pas faite mais qu’elle est un don de Dieu.Cette réaction des vignerons anticipe aussi la réaction des autorités juives face à la prétention de Jésus d’être de fils de Dieu. Loin de lui valoir un titre de reconnaissance, cette prétention va être le motif de sa condamnation. En effet le grand-prêtre demande à Jésus « S’il est le fils de Dieu » et suite à la réponse de Jésus déclare qu’il blasphémé et qu’il mérite pour cela la mort (Mt 26, 63-64). On peut noter que, dans la version de Matthieu comme dans celle de Luc (mais contrairement à celle de Marc), les vignerons chassent le fils en-dehors de la vigne avant de le tuer. Il est possible que ce trait renvoie à la mort de Jésus en-dehors de l’enceinte de Jérusalem, d’après le témoignage de la lettre aux Hébreux :

C’est pourquoi Jésus, lui aussi, voulant sanctifier le peuple par son propre sang a souffert sa Passion à l’extérieur des portes de la ville. (He 13,12)


Méditation du jeudi : Que fera le maître de la vigne ?


La conclusion de la parabole est donnée par les auditeurs de Jésus en réponse à une question que celui-ci leur pose. Ainsi ceux-ci ont amenés à prononcer en quelque sorte leur propre condamnation à la manière de David, lorsque le prophète Natan lui avait conté la parabole de la brebis volée par le riche à son pauvre voisin (2 Samuel 12, 1-7). Face à la réaction de David : « Par le Seigneur vivant, cet homme mérite la mort ! », Nathan avait répliqué : « Cet homme, c’est toi. » On retrouve dans notre texte le même dispositif. Les auditeurs de Jésus condamne les vignerons : « Ces misérables, il les fera périr misérablement » et Jésus identifie ces vignerons à ses interlocuteurs : « le Royaume de Dieu, vous sera enlevé. » La formule « on lui répond » souligne clairement que ce sont les interlocuteurs de Jésus qui prononcent la condamnation des vignerons alors que dans les évangiles selon saint Marc et selon saint Luc, c’est Jésus lui-même qui répond à la question qu’il a posée et prononce la condamnation des vignerons. Cela est particulièrement claire dans la version de saint Luc (Lc 20,15b-17) :

« Que leur fera donc le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d’autres. Les auditeurs dirent à Jésus : « Pourvu que cela n’arrive pas ! »

Il convient de noter que dans notre texte, contrairement à l’évangile selon saint Luc, la sentence de mort à l’encontre des vignerons est portée par les auditeurs de Jésus ce sont qui évoque la fin misérable des vignerons alors que Jésus se contente de dire que la vigne leur sera enlevée. Les hommes se montrent plus sévères envers leurs propres actions que Dieu ne l’est lui-même à l’égard des actions des hommes


Méditation du vendredi : La pierre rejetée par les bâtisseurs


L’explication, propre à l’évangile selon saint Matthieu, que donne Jésus de la parabole semble introduire un décalage par rapport à celle-ci puisque le royaume de Dieu semble retiré non seulement aux autorités juives mais à tout le peuple entier. L’emploi au singulier du terme nation – en grec ethnè – qui au pluriel est la traduction habituelle du terme hébreu goyim employé habituellement pour désigner les païens paraît confirmer cette interprétation ; Il convient toutefois d’être attentif à la citation qui précède cette explication. Il s’agit d’une citation du psaume 118 dans la Bible Hébraïque, 117 selon la Septante. La citation de saint Matthieu reprend d’ailleurs le texte grec de la Septante. Ce thème de la pierre d’angle – ou de la pierre de tête selon une traduction plus littérale du texte grec - n’est toutefois pas propre à ce psaume puisqu’on la trouve aussi dans une prophétie d’Isaïe (Isaïe 28,16) :

Moi, dans Sion, je pose une pierre, une pierre à toute épreuve, choisie pour être une pierre d’angle une véritable pierre de fondement. Celui qui croit ne s’inquiètera pas.

Ce thème a été repris par les auteurs du Nouveau Testament et appliqué par Jésus lui-même. Dans les évangiles selon saint Marc (Mc 8,31) et saint Luc (Lc 9,22), dans la première prophétie que Jésus fait de sa passion après la confession de foi de saint Pierre, il annonce qu’il sera « rejeté » par les anciens, les grands-prêtres et les scribes. Le verbe grec rejeter (apodokimazô) employé ici par les évangélistes est celui-là même qu’avait utilisé le psalmiste à propos de la pierre. Ce thème de la pierre d’angle est ensuite développé dans les épîtres du Nouveau Testament. Dans la première épître de saint Pierre, qui cite à la fois Isaïe et le psaume 117, le Christ, pierre rejetée par les bâtisseurs devient la pierre d’angle sur laquelle se fonde une nouvelle demeure spirituelle (1 P 2, 4-5) :

Approchez-vous de lui, il est la pierre vivante rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ.

Dans la lettre aux Éphésiens, les païens sont intégrés à la construction fondée sur le Christ pierre angulaire : (Eph. 2, 19-20) :

Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passages, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même.

Dans cette perspective, l’explication que Jésus de cette parabole ne doit pas être comprise comme un rejet d’Israël mais comme l’annonce de l’édification d’un nouveau peuple, d’une nouvelle Nation rassemblant Juifs et païens autour de lui-même devenu après sa passion et sa résurrection la pierre angulaire autour de laquelle se réconcilient els Juifs et les nations païennes.

L’expression « porter du fruit » employé ici à propos de ce nouveau peuple peut renvoyer au premier psaume du psautier selon lequel « l’homme qui se plaît dans la loi du Seigneur » est « comme un arbre […] qui donne du fruit en son temps. » (Ps 1,3) Cette référence implicite à la Loi montre bien qu’il n’est pas ici question d’un rejet du peuple d’Israël et d’un abandon de l’Alliance passé par Dieu avec son peuple. Ce que Jésus en place c’est plutôt un nouveau régime de médiation. Désormais la médiation entre Dieu et son peuple en passera plus par les autorités politiques et religieuses d’Israël qui ont failli dans leur mission et ont coupé le peuple de son Dieu au lieu de l’en rapprocher, elle passera par le fils de Dieu lui-même rejeté par ses autorités politiques et religieuses, puis mis à mort par elles, mais , qui ressuscité, et devenu le fondement et l’articulation d’un nouveau peuple regroupant Juifs et païens.


Méditation du samedi : Recevoir le royaume en héritage.


Pour conclure, il me semble que l’on peut donner de cette paraboles plusieurs niveaux de lecture selon qu’on l’interprète dans son contexte immédiat, le débat des Jésus avec les autorités juives ou dans le contexte plus large de l’évangile selon saint Matthieu. On peut en effet lire cette parabole, dans son contexte immédiat, comme une réponse de Jésus à la question des grands-prêtres et des pharisiens « : « De quelle autorité fais-tu cela ? », une réponse qui consiste à la fois à remettre en cause la légitimité de ses interlocuteurs qui prétende s’approprier ce qui n’appartient qu’à Dieu et à affirmer sa propre légitimité comme envoyé de Dieu et plus spécialement comme le Fils envoyé par le Père céleste. S’amorce un conflit de légitimité entre Jésus et les autorités juives que saint Matthieu développera dans le chapitre 23 de son évangile dans la série des malédictions adressées par Jésus aux Pharisiens où il les accuse d’être les descendants de ceux qui ont tués les prophètes et annonce qu’eux-mêmes tueront des prophètes chrétiens. Dans le contexte plus large de l’évangile selon saint Matthieu, on peut relever dans cette parabole que les vignerons voient l’héritier (klèronomos) et prétendent s’emparer de l’héritage (klèronomia). Or, dans l’évangile de saint Matthieu, le verbe ‘recevoir en héritage » (klèronomeo) est associé à la terre dans la troisième béatitude en Mt 5,5 : « Heureux les doux car ils recevront la terre en héritage », à la vie éternelle dans la question posée par le jeune homme riche en Mt 9,16 : « Maître que dois-je faire de bon pour avoir [en héritage] la vie éternelle ? » et au Royaume dans la description du jugement dernier en Mt 25,34 : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. » Pour Matthieu, « recevoir le Royaume » est bien une question d’héritage. Mais justement il s’agit de le recevoir et non de se l’approprier comme prétendent le faire les vignerons. De plus dans la perspective de saint Mathieu est lié à un comportement et un agir qui sont l’antithèse de ceux des vignerons. D’après les béatitudes, les héritiers de la terre sont les doux alors que les vignerons de la parabole se caractérisent par leur violence. À la question du jeune homme riche sur comment avoir en héritage la vie éternelle, Jésus répondant en citant les premières paroles du Décalogue notamment « tu ne commettras pas de meurtre » et « Tu ne commettras pas de vol. » Or les meurtriers de la parabole sont des meurtriers (des serviteurs du maître) et des voleurs (du produite de la vigne). Enfin les bénis du Père reçoivent le royaume pour avoir pratiqué les œuvres de miséricorde (nourrir les affamés, désaltérer les assoiffés, vêtir les dénudés, accueillir les étrangers, visiter les malades et les prisonniers). Loin de pratiquer ses bonnes œuvres, les vignerons homicides refusent d’accueillir non des étrangers mais les serviteurs de leur propre maître. Dans la perspective de saint Matthieu pour hériter du royaume des Cieux, il ne suffit pas d’appartenir au peuple juif mais il faut s’en montrer digne d’abord en s’abstenant de faire le mal et en pratiquant l’amour du prochain

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