LA VIE EN QUESTIONS

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 A découvrir à compter du 29 février 2024 : 

Peut-on encore faire confiance à l'institution ? Et si oui, comment surmonter cette crise ? Le regard croisé de deux témoins actuels du catholicisme.

... "Et nous?

Quels effets ont nos paroles?

Il nous est difficile de parler avec la parole même de Dieu et d'avoir comme Jésus, une parole qui donne la vie.

Notre bouche trahit souvent ce "je t'aime" de Dieu.


Alors on peut se dire :"Jésus, c'est Jésus, et moi, je ne suis pas Jésus, je ne peux pas parler comme Jésus."

Or Jésus n'est pas seulement un modèle ou une espèce de sur-homme un peu loin de nous. Il est Celui qui nous prend dans son coeur pour que nous vivions de sa vie en plénitude." ...

AUTEUR


Charles Pépin est philosophe et romancier.
Né en 1973, il est diplômé́ de Sciences-Po Paris, d’HEC et agrégé́ de philosophie. ​Il a publié́ plusieurs essais philosophiques dont :
- Ceci n’est pas un manuel de philosophie (Flammarion,
2010),
- Quand la beauté nous sauve (Robert Laffont, 2013),
- Les Vertus de l’échec (Allary Éditions, 2016 et 2023)
- La Confiance en soi (Allary Éditions, 2018),
- La Rencontre (Allary Éditions, 2021).


UNE INTUITION ET UNE QUESTION A MEDITER


«Un mouvement en avant continuel, qui ramasse la totalité du passé et crée le futur, telle est la nature essentielle de la personne» - Henri Bergson


«Grande est cette puissance de la mémoire, prodigieusement grande, ô mon Dieu. C’est un sanctuaire d’une ampleur infinie. Qui en a touché le fond ?» - Saint Augustin


LA THESE DE L’OUVRAGE


Changer non pas le passé, mais les traces que ce passé a laissées en nous pour mieux vivre le présent et mieux aller de l’avant.


Les thérapies actuelles nous disent qu’on doit accueillir le passé mais que l’on peut modifier les traces émotionnelles, le souvenir des conclusions/ règles de vie implicites qu’on a inféré des épisodes passés et que l’on peut désamorcer.
Pour aller de l’avant, il ne s’agirait donc pas de se débarrasser du passé mais de rejouer en
quelque sorte une partition. A chaque moment de notre vie, nous pouvons récapituler notre passé de manière créative, transformer un héritage non choisi en fondement de notre liberté, comprendre ce que ce passé a fait de nous et décider d’en faire un tremplin vers quelque chose de nouveau. Nous pouvons prendre appui sur notre passé sans tout prendre de lui. Nous ne sommes pas uniquement ce que le passé a fait de nous mais il est capital de comprendre (voire consentir à) ce que le passé a fait de nous. L’illusion moderniste, la «cancel culture», serait de refouler le passé qui pourrait alors resurgir à n’importe quel moment. Pour ce faire, il s’agirait de prendre une juste distance par rapport à ses souvenirs, que nous pouvons toujours transformer, réinterpréter quant à la façon dont le passé nous a transformés.

Une exception toutefois: le cas de la mémoire traumatique, qui est différente de la mémoire ordinaire.Clivage, dissociation voire amnésie traumatique permettent au traumatisé detenir la violence des faits à distance.


CONCLUSION


Ce livre de philosophie est très intéressant, bien documenté et vraiment très facile à lire.
Si pour Boris Cyrulnik, la résilience est la capacité à prendre un nouveau départ; pour Charles Pepin, à l’inspiration de Bergson et de sa théorie de la récapitulation créatrice, la résilience serait plutôt la capacité à «faire avec», à ressaisir la mémoire de son passé pour aller de l’avant. Ce qui réconcilie toutefois les deux auteurs, c’est l’importance de se faire de nouveaux souvenirs, de vivre pour emmagasiner des expériences heureuses. Ainsi il devient possible de diluer les mauvais souvenirs dans la mémoire épisodique et les rendre moins douloureux sans nier pour autant leur existence. L’illusion moderniste consisterait plutôt à vivre comme si ce passé avait disparu. Il aborde successivement les différentes mémoires «habitudes», «souvenirs», «épisodique», «sémantique», «procédurale» ; le passé porte d’accès au présent et socle de notre identité et comment aller de l’avant avec son passé.


La lecture de ce livre m’a vraiment donné envie d’aller plus loin sous deux angles:


- Philosophique d’abord :


1- Le lien entre la mémoire, le cerveau limbique et le langage. Parler de son passé,
le ressasser, fait-il du bien ou au contraire constitue-t-il une reviviscence d’un
souvenir? La mémoire est-elle plus forte que la nostalgie?


2- Le lien entre la mémoire et la vérité. Pour bien hériter de notre passé, faut-il
pouvoir faire un pas de côté, se décentrer, intervenir sur les souvenirs, changer
de regard sur le monde, pour recevoir de manière créatrice son passé ou au
contraire rompre avec ce passé? Mais si nous intervenons sur ce passé, que fait-
on du rapport à la vérité?


- Et plus spirituel ensuite:

  • Le rapport entre la mémoire et le cœur profond: le vrai moi, celui du cœur profond, échappe-t-il au temps? Notre passé est-il rempli d’indices à explorer pour nous permettre d’apprivoiser l’inconnu et l’être que nous pourrions devenir?
  • Le rapport entre la mémoire et l’incarnation: «Faites ceci en mémoire de moi» :     Y-a-t-il une authentique mémoire spirituelle? Comment l’activer sous l’angle du sens et des enjeux ? La mémoire spirituelle définit-elle les frontières de notre conscience et de notre libération intérieure?

Les récentes découvertes en neuroscience nous apprennent que l’on peut tirer profit de la
réactivation de la mémoire émotionnelle pour la modifier. Quelle ouverture à des clefs de
compréhension et de conceptualisation des cicatrices émotionnelles (répétitions, dissociations, addictions) dans tous les champs de l’accompagnement !


(Catherine)

07.05.2020 14:14