MEDITATIONS

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JEAN-MARIE LUSTIGER


 

LA GENEROSITE A DONNER EST LA SOURCE DE LA PAIX

 

La volonté de posséder les biens matériels est une des sources principales des conflits et des guerres. La générosité à donner est la source de la paix. L'homme, se désappropriant de ce qu'il a reçu, devient capable de recevoir le centuple que l'Evangile selon saint Marc avait promis, dès ici-bas, et toute la beauté de la création que les hommes découvriront dans leur Créateur et Rédempteur.


Ainsi la nouveauté chrétienne, vécue parfois au prix de grands sacrifices par les disciples de Jésus, empêche l'humanité de se replier sur elle-même et de se laisser guider par la recherche avide des biens au détriment du respect et de l'amour que chacun doit à tous ses frères. En ce sens, c'est un combat sans cesse à poursuivre au long des siècles. Il ne s'arrêtera qu'avec l'achèvement de l'histoire, lorsque viendra le Fils de l'homme dans sa gloire pour juger les vivants et les morts.


Je ne ferai que mentionner l'une des données pourtant les plus fondamentales de la vie sociale, celle du pouvoir et de son exercice.


Il suffit de renvoyer à l'enseignement de Jésus que nous rapporte saint Jean, lorsque, au soir de la Cène, il lave les pieds de ses disciples : "Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres" (Jn 13, 14).


Echo de ce qu'il avait déjà dit aux disciples après la troisième annonce de sa Passion : "Les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous. Au contraire, si quelqu'un veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur et si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave" (Mt 20, 25-27).

Cette subversion ne cesse de rétablir parmi les hommes l'équilibre du pouvoir.


Lorsque le Pape, pour […l’] année jubilaire, appelle à remettre la dette des pays pauvres, il reprend les règles du Jubilé biblique (cf. Lv 25, 8 sq.). Il introduit dans la mondialisation sans précédent qui caractérise notre siècle ce commandement que l'on peut appeler "subversif" ou même révolutionnaire de la charité qui va jusqu'au bout. Charité, c'est-à-dire l'amour de tout homme qui donne le courage de l'équité et de la justice et rend possible le respect du droit de chacun, et d'abord celui des plus faibles.


Charité qui n'a de sens que par la foi dans le Règne de Dieu déjà venu et vers lequel nous marchons, par la foi dans le Messie doux et humble de cœur, par la foi dans le Saint-Esprit qui nous a été donné pour accomplir le commandement "nouveau" (Jn 13, 34), gage de toute nouveauté.

 

Jubilé de l'apostolat des laïcs, 28 novembre 2000