MEDITATIONS

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13 juillet



Saint AUGUSTIN



LE CŒUR DE JOB



Le tentateur reçut la permission de tenter le saint homme Job. En un instant, il lui ôta tout, il le dépouilla de ses biens, lui enleva son héritage et fit périr ses héritiers. Ce ne fut pas l'un après l'autre, mais tout à la fois, d'un seul coup, d'un seul choc, de sorte que tout lui fut annoncé subitement. Tout lui a été enlevé, il reste seul. Mais en lui se trouvaient des actions de grâce qu'il rendait à Dieu. Elles étaient bien en lui : le démon, ce voleur, n'avait pu percer le coffre-fort de son admirable cœur, et celui-ci regorgeait de sacrifices à offrir à Dieu.


Écoute ce qu'il possédait, écoute ce qu'il offrit : "Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté, qu'il en soit comme il a plu au Seigneur, que le nom du Seigneur soit béni !" Ô richesses intérieures où le voleur n'a pas eu accès ! Dieu lui-même avait donné à Job ce qu'il recevait de lui ; lui-même avait enrichi Job pour qu'il lui offre ce qu'il aimait. Dieu connaissait Job et il lui avait rendu témoignage. Le démon ne le connaissait pas et c'est pourquoi il avait dit : "Est-ce pour rien que Job adore Dieu ?". Voyez de quel côté l'ennemi l'attaque : là où est la perfection de Job. Voyez ce que l'ennemi objecte ! Il voyait cet homme servir Dieu, lui obéir en tout, faire le bien de toutes manières. Et parce que cet homme était riche et comblé de bonheur, il prétend que s'il sert Dieu, c'et parce que celui-ci lui a tout donné : "Est-ce pour rien que Job adore Dieu ?". C'était là la vraie lumière, la lumière des vivants : servir Dieu gratuitement. Mais Dieu voyait dans le cœur de son serviteur que le culte qu'il lui rendait était désintéressé. Car ce cœur était agréable aux yeux du Seigneur, dans la lumière des vivants ; il était caché au diable qui vivait dans les ténèbres.


Dieu permet le tentateur, non pas pour lui apprendre ce qu'il connaissait, mais pour nous offrir un exemple à connaître et à imiter. Car si le tentateur n'avait eu la permission de le tenter, aurions-nous vu en Job ce que nous devons et voulons imiter ? Le tentateur eut donc accès à Job, et il lui enleva tout, et le laissa seul, sans richesses, sans famille, sans enfants, mais plein de Dieu. Il est vrai, sa femme lui est laissée ; mais prêtes-tu au diable de la pitié pour lui avoir laissé sa femme ? Il savait bien par qui Adam avait été trompé ! Il laissait aux côtés de Job une aide à son profit, et non un soutien pour le mari !


Celui-ci était donc plein de Dieu, en lui étaient les actions de grâces qu'il rendait à Dieu, pour montrer qu'il l'honorait gratuitement, et non pour tant de bienfaits reçus. Ayant tout perdu, Job n'a pas changé, car il n'a pas perdu celui qui lui avait tout donné. "Le Seigneur a donné, dit-il, le Seigneur a ôté ; qu'il en soit ainsi ; que le nom du Seigneur soit béni !".


Couvert d'ulcères des pieds à la tête, son cœur reste pourtant intact ; éclairé par la lumière des vivants, il répond à la tentatrice dans la lumière de son cœur : "Tu parles comme une sotte ! " c'est-à-dire comme une femme privée de la lumière des vivants. Car la lumière des vivants, c'est la sagesse, tandis que les ténèbres des insensés, c'est la sottise. "Tu parles comme une sotte", car tu vois ma chair, mais tu ne vois pas la lumière de mon cœur. Elle aurait, en effet, aimé son époux de toute autre manière, si elle avait connu sa beauté intérieure, si elle avait vu comme il était beau aux yeux de Dieu, car en lui se trouvaient les actions de grâce qu'il rendait à Dieu !


Que tout cela ait du prix pour vous, frères ! Aimons Dieu gratuitement, espérons toujours en lui ; ne craignons ni homme ni diable ! Ni l'un ni l'autre ne peuvent rien contre nous s'ils n'en ont reçu la permission, et cette permission ne peut leur être donnée que pour notre utilité !



Ennaratio sur le Psaume 55, 19-20.


             

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