L'ancienne Salle du chapitre (12e siècle)

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Règle de saint Benoît

Dans la salle du chapitre, chaque jour la communauté entend un commentaire d'un chapitre de la Règle de saint Benoît (d'où son nom)

6 décembre


Chapitre 54


Le moine peut-il recevoir lettres ou cadeaux ?


Il est tout à fait interdit à un moine,

sauf autorisation de l’abbé, d’accepter,

ni de ses parents ni de quiconque,

pas même d’un autre moine,

lettres, cadeaux ou petits présents quelconques, ni d’en donner.

Si tout de même ses parents lui envoient quelque chose,

qu’il n’ait pas l’audace de le recevoir

avant d’en avoir fait part à l’abbé.

Si celui-ci ordonne de l’accepter,

il pourra aussi désigner le bénéficiaire ;

et le frère à qui cet envoi avait été fait

ne s’en attristera pas, pour ne pas donner occasion au diable.

S’il avait l’audace de faire autrement, il subirait la rigueur de la règle.


Ce que saint Benoît cherche à ôter radicalement de la vie du monastère, c’est l’esprit de propriété. On n’a rien en propre, on ne reçoit rien en propre, on ne donne rien en propre. Ce que l’on a est simplement à notre usage et dans un esprit de partage communautaire. Ce «communisme» intégral a quelque chose de difficilement acceptable dans nos sociétés modernes. Il a cependant un caractère profondément évangélique qu’il serait bon de promouvoir à l’ère de l’individualité auto-centrée. C’est tout un programme.


5 décembre


Chapitre 53


Des hôtes à recevoir (suite)



L’abbé et les hôtes auront une cuisine à part,

pour éviter que les hôtes, qui arrivent à des heures imprévues

et ne manquent jamais au monastère,

perturbent les frères.

À cette cuisine seront affectés,

pour un an, deux frères aptes à remplir cette tâche.

S’ils en ont besoin, on leur donnera des aides

pour qu’ils servent sans récriminer ;

mais, dès qu’ils seront moins pris,

ils iront au travail qu’on leur assignera.

Cette considération ne vaut pas seulement dans ce cas,

mais pour tous les offices du monastère :

quand les frères en auront besoin,

on leur donnera des aides,

mais dès qu’ils auront du temps libre,

ils obéiront aux ordres reçus.

De même un frère animé de la crainte de Dieu

se verra confier la maison des hôtes,

où seront préparés des lits en nombre suffisant.

La maison de Dieu sera administrée sagement par des sages.

Nul ne se joindra ni ne parlera aux hôtes, s’il n’en est prié.

Qui les rencontre ou les voit les saluera avec humilité,

comme nous l’avons dit, et,

ayant demandé leur bénédiction, il passera,

expliquant qu’il ne lui est pas permis de s’entretenir avec un hôte.


La Règle de saint Benoît accorde, comme on l’a vu déjà, une grande importance à la dimension d’hospitalité. Toute personne qui veut être fidèle à la vie de Dieu est invitée à se montrer ouverte à quiconque frappe à sa porte. La Bible ne manque pas d’exemples à ce titre. Mais cet accueil ne doit pas empêcher la vie équilibrée du groupe. Le chef de famille, le responsable de communauté porte particulièrement ce souci. Dans une communauté de moines selon saint Benoît, l’Abbé est en première ligne : il a même une table particulière à laquelle il peut recevoir les hôtes. Mais on mettra quelques limites : ne pas parler après une certaine heure dans la soirée, ne pas s’approcher des hôtes simplement par élan personnel, nommer quelqu’un qui s’occupe du lieu d’accueil pour que l’on ne soit pas débordé et même prévoir une petite équipe de cuisine….. Moyennant quoi, l’accueil peut se faire et être une vraie bénédiction. Il faudrait réfléchir à la manière d’appliquer cela au milieu familial, ou au monde de l’entreprise, ou bien associatif. Jamais de repli sur soi, mais jamais non plus de débordement face à une demande désordonnée ou trop abondante.



4 décembre


Chapitre 53


Des hôtes à recevoir


Tous les hôtes qui surviennent seront reçus comme le Christ,

car lui-même dira un jour :

"J’ai été hôte et vous m’avez reçu."

On montrera à tous, l'honneur qui leur revient,

surtout aux frères dans la foi et aux pèlerins.

Dès qu’un hôte sera annoncé,

le supérieur ou des frères accourrons vers lui

telle une oeuvre de la charité.

Avant tout, ils prieront ensemble,

puis échangeront le baiser de paix.

Ce baiser de paix ne se donnera qu’après la prière,

pour éviter les illusions du diable.

Dans l’acte même de les saluer,

on témoignera envers tous les hôtes,

qu’ils arrivent ou qu’ils partent, une profonde humilité :

tête inclinée, ou même prosterné au sol de tout son long,

pour adorer en eux le Christ que l’on reçoit.

Les hôtes reçus seront conduits à la prière.

Ensuite le supérieur ou celui qu’il en aura chargé s’assoira avec eux.

En présence d’un hôte, on lira la loi divine pour qu’il s’édifie.

Après quoi, on lui témoignera beaucoup d’humanité.

Le supérieur rompra le jeûne par égard pour l’hôte,

sauf si c’est un jour où le jeûne ne peut être violé.

Les frères par contre garderont les règles coutumières du jeûne.

L’abbé versera de l’eau sur les mains des hôtes.

L’abbé et la communauté entière laveront les pieds de tous les hôtes.

Après cette ablution, on lira le verset :

"Dieu, nous avons reçu ton amour au milieu de ton temple."

C’est surtout en recevant des pauvres et des pèlerins

qu’on montrera un soin tout particulier,

car, en eux plus qu’en d’autres, c’est le Christ qu’on reçoit.

Pour les riches, en effet, la peur qu’ils inspirent porte d’elle-même à les honorer.


Voici une relecture des aspects majeurs du chapitre 53 de la RB afin d’examiner ce que saint Benoît envisage au sujet de l’accueil et de l’accompagnement des hôtes qui séjournent au monastère.


Sur un fond de conscience de la présence de Dieu et de perspective du discernement final (Mt 25),

les hôtes sont accueillis comme le Christ par l’Abbé et la communauté qui représentent le Christ, chacun pour leur part :

les marques principales de cette parabole sont:


1. Le premier accueil

L’empressement de tous à accueillir les hôtes avec toutes les devoirs de la charité

La prière commune pour chasser tout piège d’illusion

Le baiser de paix dans une profonde humilité telle celle du Christ pascal («inclinant la tête)


2. L’introduction dans le monastère

La prière commune

La lectio divina

Le lavement des mains et des pieds

Le partage du repas dans l’amour fraternel.


Malgré tout cet empressement et cette charité, chacun doit garder sa place, les moines doivent vaquer à leur vocation propre. Il y a là tout un équilibre, tout un discernement qui engage non seulement l’Abbé et les intervenants à l’hôtellerie, mais l’ensemble de la communauté qui doit constamment faire le point sur cette question.



3 décembre


Chapitre 52


De l’oratoire du monastère


L’oratoire sera ce qu’indique son nom.

On n’y fera, on n’y mettra rien

qui n’ait rapport à sa destination.

Le Service de Dieu terminé,

tous sortiront dans le plus profond silence,

manifestant la conscience de la présence de Dieu ;

car si un frère veut prier en son particulier,

il ne faut pas que la désinvolture d’autrui l’en empêche.

Par ailleurs, si quelqu’un veut prier au plus intime de lui-même,

qu’il entre simplement et prie, non à voix haute,

mais avec larmes et attention du coeur.

Celui donc qui ne se conformera pas à cette attitude

n’aura pas permission de rester à l’oratoire

après le service de Dieu,

comme on l’a dit, afin qu’autrui n’en soit pas gêné.


Voilà une belle exigence. Avoir dans nos habitations, un lieu dépouillé qui soit entièrement consacré à l’expression dénudée de notre désir le plus cher, le plus fondamental. Fuir l’encombrement de tout ce qui pourrait recouvrir ce désir. Lorsqu’on entre en ce lieu, on peut laisser monter librement le cri de nos entrailles ou rester simplement en silence dans l’attention du coeur. C’est là que se fonde toute vie.



2 décembre


Chapitre 51


Des frères qui s’en vont à peu de distance


Le frère qui est envoyé faire une course

et qui espère rentrer le jour même au monastère

ne prendra pas la liberté de manger au dehors,

même s’il en est instamment prié par quelqu’un.

À moins que son abbé ne le lui ait prescrit.

S’il agit autrement, il sera exclu.


Vivre en rapport avec le groupe auquel on appartient comme un sacrement de communion et d’unité. Faire en sorte que ce rapport soit privilégié quand il peut l’être. Et en même temps ne pas s’attrister des situations où l’éloignement de la communauté est indispensable. Saint Benoît appelle à vivre toutes choses avec le sens profond qu’elles revêtent. Cela ne va pas toujours de soi !



1er décembre


Chapitre 50,


Des frères qui travaillent loin de l’oratoire ou sont en voyage


Les frères qui sont très loin pour le travail

et ne peuvent arriver à temps à l’oratoire

– l’abbé jugera lui-même s’il en est ainsi –

diront l’office divin là où ils travaillent,

avec crainte de Dieu et à genoux.

De même ceux qui sont en voyage

n’omettront pas les Heures prescrites.

Ils feront du mieux qu’ils peuvent, en leur privé,

sans négliger de s’acquitter de l’obligation de leur service.


Pour saint Benoît, l’oeuvre de Dieu, l’office divin est une priorité : «Ne rien préférez à l’oeuvre de Dieu». Y compris quand on est loin de l’église à cause du travail ou en voyage. L’office n’est pas fait pour être célébré seul, mais c’est parfois une occasion d’en renouveler l’approche quand les circonstances l’obligent. Dire l’office en petit groupe sur un lieu de travail, ou dire un office dans un train permet d’appréhender autrement cette disposition de prière si prégnante dans la vie monastique, comme si toute la vie devenait elle-même liturgique.